Je suis enfin prête à en parler… pourquoi j’ai quitté la police

Je suis enfin prête à en parler... pourquoi j'ai quitté la police 👮‍♀️

Je suis enfin prête d’en parler…pourquoi j’ai laissé tomber la police.


(Cette publication peut choquer, coeurs sensibles s’abstenir)


Pas pour choquer.
Pas pour attirer l’attention.
Mais pour aider et sensibiliser.


Quand j’ai choisi d’entrer dans la police en 1999, c’était clair pour moi.
Je voulais aider. Protéger. Sauver des vies.
Je savais que je pouvais parfois risquer la mienne.
Je l’assumais. Je l’acceptais.


Ce que je ne savais pas, c’est que ce n’est pas tant l’intégrité physique qui est en danger…
mais la santé mentale.


À l’époque, on parlait de courage, de performance, d’être fait fort…


Pas des images, des cris, des silences devant la mort qui finissent par laisser des marques à l’intérieur.


J’ai été mordue.
Poussée en bas des marches.
Impliquée dans des arrestations musclées, des poursuites à haute vitesse.


Intervenue pendant qu’un homme tirait depuis son appartement, cachée derrière une petite cabane en bois.


Oui, j’ai eu peur. Mes jambes tremblaient parfois.
Mais jamais peur de mourir.
Mon stress post-traumatique n’est pas venu de là.


Il est venu de l’accumulation.
Des suicides que j’ai vus.
Des histoires qui ne quittent jamais vraiment l’esprit.


Sur la patrouille, c’était gérable.
On arrive, on voit quelques secondes, on sécurise, on attend les enquêteurs.


Certaines images restaient, mais je continuais. Comme tant d’autres.


Quand je suis devenue sergente détective, tout a changé.


Parce que là, tu ne vois plus juste quelques secondes.
Tu restes.
Tu analyses.
Tu touches pour recueillir des preuves.
Tu travailles avec ce qui reste pour comprendre ce qui s’est vraiment passé, parfois en marchant littéralement dedans.
Quand ça fait longtemps… ça sent. 🤢


Tu trouves ça trop cru ? C’est la dure réalité !


Mais si tu vis quelque chose de semblable, c’est important d’aller chercher de l’aide quand ça va pas🙏


La vérité, c’est que c’est le quotidien de beaucoup de mes anciens collègues.


Le public n’a aucune idée de ce que les intervenants d’urgence voient dans une carrière.
À la télé, c’est soft…


On estime que les policiers peuvent vivre entre 400 et 600 événements potentiellement traumatiques dans leur carrière, comparativement à 3 ou 4 pour la majorité des civils.


Tranquillement, sans que je m’en rende compte, mon petit cœur sensible n’était plus capable de côtoyer le résultat de la détresse humaine.


Et annoncer un décès à une famille… c’est parmi les tâches les plus difficiles d’une vie.


Je me souviens trop bien de ma dernière scène.
Une overdose. Rien de spectaculaire. Un « beau » décès comme on dit dans le milieu.


Épuisée de ma journée avec Kanak, réveillée en pleine nuit (étant de garde), j’analyse la scène.


Je saisis son cellulaire pour y voir s’il y avait des indices…
Et plus tard, seule au bureau à 6 heures du matin, j’écoute cinq messages vocaux dans son cell.


Un papa à sa jeune fille qui la rassurait que ce n’était pas de sa faute.
Il lui disait qu’il allait la protéger d’en haut.
Qu’elle devait aller à l’école.
Qu’il l’aimait beaucoup et qu’il avait passé une très belle journée avec elle.
Seule dans mon bureau, j’ai pleuré comme un bébé 😭


Puis il a fallu annoncer ça à la famille.
À une mère convaincue que c’était un meurtre.
Lui expliquer que non… tout semblait être volontaire.


C’était le début de la fin pour ma carrière… L’épuisement s’est transformé en dépression.


Quand j’ai voulu retourner travailler et apporter quelques changements,
pas pour des privilèges,
juste pour survivre à la job…
la réponse a été non.


Aucune flexibilité. Aucune sensibilité. Aucune ouverture.
Mon cerveau a compris que retourner là, dans les mêmes conditions,
c’était comme retourner à l’abattoir 😵


On ne peut pas guérir dans un milieu qui nous a rendu malade.


Alors mon cerveau m’a protégée 🤯 à sa façon :
Les crises de paniques, les nausées, les rôts incessants, l’insomnie, l’irritabilité et l’hypervigilance sont apparus.


Je voyais la mort partout, là où elle n’était pas finalement.
Mon corps réagissait comme si tout ce que j’avais vu revenait dire :
« C’est assez, il faut s’en éloigner. »


Je suis allée chercher de l’aide.


Et l’EFT, la technique de libération émotionnelle, m’a profondément aidée.
Un outil que j’utilise aujourd’hui avec mes clientes.


Quand on me mettait de la pression pour retourner au travail (lire ici les assurances et le médecin), ça s’est fait par exposition graduelle pour me désensibiliser. ERREUR.


Passer devant le poste.
Voir une voiture de police.
Entrer dans le stationnement.
Rester jusqu’à ce que la crise passe.
Puis un jour, entendre la voix de mon supérieur, probablement pervers narcissique…(il a fait mal à beaucoup d’autres collègues)
j’ai refait une crise de panique (moi qui est habituellement toujours calme).


À force de me replonger dans ce stress, ça a déclenché une autre grosse crise de polyarthrite.Mon corps me disait clairement de ne pas retourner là.


Je savais aussi que je ne pourrais plus retravailler avec Kanak. Je ne pouvais plus entendre les histoires d’agressions sexuelles. Et sans mon Kanak, mon travail n’avait plus de sens.


J’ai quitté la police, même si je me retrouvais devant rien. Même si j’avais peur. C’était une question de survie alors que des collègues pensaient que c’était de la folie de quitter un fond de pension.


Aujourd’hui, je suis heureuse.
Vraiment.
La réorientation a été inconfortable.
Insécurisante.


Je ne savais pas où je m’en allais.
Mais en travaillant sur moi, j’ai découvert ce qui me faisait vibrer.
Le coaching. Une révélation 🤩


Je ne regrette rien.
J’ai eu une très belle carrière. Beaucoup de succès avec Kanak.


Mais mon cœur avait trop vu, trop entendu, trop porté.
Mon message est tout simple.


Si tu es policier, pompier, ambulancier, militaire, agent correctionnel ou intervenant d’urgence
et que tu ne vas pas bien :
va chercher de l’aide !


Ce n’est tellement pas de la faiblesse que demander de l’aide.
Au contraire.
Ça prend de la force et du courage de reconnaitre sa vulnérabilité temporaire.

C’est humain d’être affecté par toutes ces choses atroces et inhumaines que l’on voit.


Oui, c’est possible d’aller mieux.
Oui, c’est possible d’être heureux après.
Et oui, on peut aider autrement si tu veux te réorienter.


J’étais enfin prête d’en parler en espérant que ça puisse t’aider.
Je vais beaucoup mieux depuis des années, parce que je suis allée chercher de l’aide.


S’il te plaît, ne reste pas seul avec tes symptômes.
👉 Parle. Demande de l’aide. Maintenant.
👉 Y’a une vie en dehors de la police, y’a du beau, y’a du positif.


Mais je sais que c’est difficile de voir clair quand on porte les lunettes 🕶️ fumées d’un trouble de stress post traumatique ou d’une dépression.


L’aide est là pour t’enlever tes lunettes et de faire voir l’espoir autour de toi 🙏


J’ai le coeur déchiré 💔chaque fois qu’un policier(e) s’enlève la vie. Il a voulu aider, mais n’a pas eu l’aide dont il avait besoin.


Tu peux m’écrire en privé si ça peut t’aider.
Mélanie 🤗

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